Ófeigr Þorfinnson

Garde Varègue

Description:
Bio:

La hache qui vient de se planter dans le sol à coté de moi me montre bien que le vieux Sven m’en veut. Enfin je pense qu’il m’en veut assez pour vouloir me fendre le crâne. Le point positif c’est qu’il n’a plus qu’une hache, l’autre m’ayant raté, et qu’il va la garder pour essayer de le faire au contact. Je n’ai plus à zigzaguer comme un renard pour éviter ses coups.

Quelle idée, aussi… Moi, tout ce que je voulais, c’était voir l’épée qu’il avait ramené de Miklagård, qui lui avait été offerte par le roi des grecs. D’accord, je n’ai pas été très honnête. M’introduire chez lui en pleine nuit n’était pas une bonne idée, mais personne ne m’a entendu !! Enfin personne sauf Vigdis, sa fille… Sa fille qui avait des idées bien arrêtées sur elle et moi, idées que je ne partageais pas. Non pas qu’elle soit laide, mais elle était un peu trop autoritaire à mon gout. Et donc, après m’avoir forcé à l’embrasser en échange de son silence, elle s’était mise à hurler en disant que je l’avais flétri, et autres outrages… Un baiser, merde ! Sur la joue ! Tout ça pour voir une épée grecque !!

Et me voilà, poursuivi par le père de Vigdis, et prêt à être massacré comme il se doit. Je ne me fais pas d’illusion : je sais me battre, mais ce gars a passé vingt ans à Miklagård avant de revenir. Il a vu des combats, la guerre, il a plus d’expérience que moi et de très très loin. Et pourtant, il parait que je suis vernis, hein ! Ma grand mère n’arrêtait pas de le dire, en général après que je me sois sorti d’une merde plus grosse que moi. “Les Dieux te sourient, Ófeigr”, qu’elle disait. “Les nornes t’ont à la bonne !” Mémé était encore fidèles aux superstitions d’avant.

Et en plus, il court plus vite que moi ! Il a déjà rattrapé la moitié de la distance qui nous séparait ! Encore trois mètres et sa deuxième hache est pour moi. Merde, merde, merde… Je me jette de côté, dégainant mon couteau (ben oui, pour sur, je pensais pas avoir besoin d’une épée, moi… En plus, je n’en ai pas) en espérant un miracle… Qui survient alors qu’il s’étale derrière moi, son pied pris dans une racine d’arbre. Merci Seigneur !!

Je me jette sur lui sans lui laisser le temps de se redresser, et je plaque ma lame sur sa gorge. “Doucement, Sven… J’ai pas envie de te saigner.”
“Fais ton boulot, après avoir déshonoré ma fille, m’égorger ne devrait pas te géner !”
“Mais je l’ai pas touchée, ta fille, merde !! C’est elle qui a raconté ça. Moi je voulais juste voir l’épée que t’a donné l’Empereur de Miklagård !!”

En disant cela, j’éloigne ma lame de son coup, donne un coup de pied dans sa hache pour la faire valser au loin, et me met entre lui et son arme, lui permettant de me relever. “Ta fille, elle me tourne autour depuis que j’ai de la barbe ! Et moi je veux pas. Je veux voir du pays avant de prendre une flèche dans le genoux !”
Il se relève, lentement, reprenant son souffle. Bon dieu qu’il est balèze… Son bras est gros comme ma cuisse…
“Tu jures que tu n’a rien fait à ma fille ?”
“Elle m’a demandé de l’embrasser, sinon elle rameutait la maison. Et elle l’a fait quand même.”
“Le pire c’est que je te crois… Ma fille est une garce, menteuse et arrogante. J’étais pas là pour la dresser à temps… Vivement que je la marie, et que son époux la supporte.” Il s’arrête et me regarde. “Mais avec tout le tintouin qu’elle a fait, je me vois mal revenir et l’engueuler, tu comprends…”
“Ouais… Si tu retourne là bas en disant qu’elle a menti, ça risque d’être plus difficile pour elle… pour la marier, je veux dire.”
“Pas que les gens soient pas dupes sur elle, remarque…”

Il sort de sa ceinture une flasque en peau qu’il me temps, tout en s’asseyant sur un rocher. Je bois une lampée de son hydromel, et fait de même.

“Au village, on sait tous comment elle est…”, que je lui dis.
“ouais, mais pas dans le village d’à coté… Et pas à encore plus loin. Et si je retourne là bas en la traitant de menteuse, je risque pas de m’en débarasser de sitôt… Et si tu reviens sans marque, alors qu’elle t’accuse de l’avoir déshonoré, ça sera pareil.”
“On fait quoi, du coup… Tu vas pas m’ouvrir le crâne ?”
“Non… Je vais pas tuer quelqu’un pour cette gourgandine… Par contre, faut que tu te barres d’ici, et que je te mette quand même une dérouillée… “
“Euh… Me barrer, je veux bien, mais où ? Et je suis pas d’accord pour la dérouillée.”
“Ecoute… Si ma hache revient pas avec un peu de sang, je vais être celui qui n’a pas su protéger l’honneur de sa fille… Donc tu ne vas pas avoir le choix…”
“On est pas obligé que cela soit mon sang, non ? Un lapin, c’est bien un lapin… non ?”
Il me regarde un moment, puis se met à éclater de rire.

“Ofeigr, je crois que j’aurai été fier de t’avoir comme gendre. Tu es sur que tu ne veux pas épouser Vigrid ? Tu as de quoi la calmer.”
“Certain !” Je frémis à l’idée. “Je préfère la dérouillée, ça durera moins longtemps”.
“Bon, lève toi… On va faire vite…” Il ramasse sa hache.
“Euh, tu es sur que tu as besoin de la hache ?”
“Je sais ce que je fais, t’inquiète !” Et ce disant, il m’écrase le manche de son arme sur l’arcade, m’envoyant bouler par terre. Je commence à saigner comme un goret, alors qu’il me choppe les cheveux et pose sa hache sur la plaie. “Voila, comme ça y’aura pas mal de sang… Enlève ta tunique, aussi, je vais la ramener… Et tes chausses…”
“Euh… Je vais me geler les miches…”
“je vais dire au village que je t’ai mis une rouste, puis que je t’ai laissé partir à poil.”
“Mais je VAIS ME GELER LES MICHES !!”
“Ouais… Mais c’est ça ou ma hache dans les couilles… Je ramène tes vêtements ou tes bourses. A toi de voir !”
“putain…”

Je me met à poil, pas vraiment le choix. “Bon, et maintenant ?”
“Ben maintenant, à deux jours d’ici dans cette direction, tu as le Hall de Sigurd hoddveitir… Dis lui que tu viens de ma part, que tu as été banni de mon Hall. Il me déteste, donc il devrait bien t’acceuillir. Et prends ca, pour t’acheter des frusques.” Il me pose dans la main deux pièces d’argent, suffisante pour acheter quelques vêtements.

C’est ainsi que j’ai quitté mon village natal. Sans vraiment le vouloir. J’avais imaginé d’autres choses, comme dans les vieux récits que me disait mémé. Mais bon, maintenant que j’y pense, je me demande si je serai parti un jour. Des fois, je marche au coup de pied au cul.

Deux jours plus tard, j’ai donc fait la connaissance de Sven Hoddveitir, qui fut effectivement ravi que j’ai causé du tort à son vieux rival, mais sans lui donner de raisons réelles. Il me logea et me nourrit. Leur querelle était ancienne, et je n’avais pas l’envie de m’en mêler. J’ai donc décidé de partir vers le sud. Comme Sven l’avait fait.

J’ai trouvé un groupe de guerrier qui avaient eu la même idée, et je me suis joint à eux. Par une chance incroyable, un des leurs était mort juste avant d’arriver dans le hall de Sven, et j’ai pu récupérer son équipement. On est donc parti en direction des terres des Rus, et de là Miklagård, où je vis depuis. Sur le trajet, ils m’ont plus entraîné que je n’avais pu le faire dans le village. En particulier la hache…

En fait, mon seul souci fut de payer mon entrée dans la garde de l’Empereur… Mais, là encore, Dieu fut avec moi, car lors de notre trajet nous avions aidé une caravane marchande à se défendre de pillards magyars, et dans la bataille, j’avais mis la main, sans le dire à mes camarades, sur une bourse emplie de pièces d’or. Je n’eu donc aucun mal à verses les divers pots de vin nécessaires, qui furent remboursés par mon salaire par la suite. Bon, certains l’ont eu mauvaise que j’ai gardé l’argent pour moi, mais j’ai par la suite payé leur entrée dans la garde, quand ils ne pouvaient pas.

J’avais réalisé mon rêve. J’avais pu devenir garde de l’Empereur de Miklagård, je le voyais régulièrement. Je vivais dans la plus grande cité du monde, même si elle était pour la plus grande partie en ruine, et j’accumule plus de richesse en une semaine que j’en avais vu de toute ma vie. Dans dix ans, je serai officier, et dans vingt je reviendrai au Danemark, et je pourrai épouser la fille d’un Jarl !

Ófeigr Þorfinnson

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